Avis de lecture, Citations favorites

Avis de lecture – La promesse de l’aube [+ citations]

Après avoir lu avec plaisir le premier tome des Misérables, je me suis attaquée à un autre classique de la littérature française qui était dans ma PAL : La promesse de l’aube de Romain Gary. Je n’ai vu aucune adaptation en film, en revanche on avait une ancienne édition du livre à la maison, et je l’avais gardé en me disant que je le lirais un jour. Je n’ai pas énormément de souvenirs des textes étudiés en cours de français au collège, mais je me souviens avoir été épatée par cet auteur assez malin pour gagner deux fois le prix Goncourt… sans pour autant retenir quoi que ce soit de l’étude de ses textes. L’éveil à la littérature se fait sur le temps long, même pour les fans de lecture comme moi 🙂

Un roman de Romain Gary. Editions Gallimard (réédité maintes fois depuis). 391 p.

Synopsis

Ce n’est pas une vraie autobiographie, mais plutôt un roman très largement inspiré de la vie de l’auteur, qui relate partiellement sa vie depuis ses souvenirs d’enfance jusqu’à son engagement dans l’aviation pendant la Seconde Guerre mondiale. Difficile de le résumer, puisque le roman n’est pas toujours dans l’ordre chronologique. Le narrateur fait des va-et-vient entre son enfance en Pologne puis en France, son adolescence studieuse, le début de sa vie d’adulte et le temps de la narration (il a quarante ans environ). Le récit est constitué d’une foule d’anecdotes plus ou moins longues, bien articulées entre elles, avec toute une palette d’émotions. Seule la dernière partie est bien linéaire; elle correspond à l’époque de la guerre. Au centre de cette histoire, il y a sa relation avec sa mère. Elle est sa seule famille et elle fait preuve d’une ingéniosité incroyable quand il s’agit de gagner de quoi subvenir à leurs besoins. C’est une ancienne actrice qui a dû fuir la Russie avec son enfant pour se réfugier en Pologne puis émigrer en France, pays qu’elle imagine idéal. Elle est très grandiloquente quand elle parle de son fils : elle n’envisage qu’un avenir brillant pour lui. Elle l’imagine grand écrivain, ambassadeur, consul, séducteur… Ce rêve est un prisme déformant à travers lequel elle voit Romain, le défendant envers et contre tout, lui consacrant toute son existence. Elle l’abreuve tellement d’amour maternel que sa vie en sera bouleversée. Lui est tantôt fier, tantôt honteux de cette mère étouffante et dévouée. A travers ce roman, il lui rend hommage et montre tout son amour pour elle, jusqu’à un final qui ne fait que renforcer tout le reste du récit.

Mon avis

Je ne suis pas particulièrement friande de biographies et d’autobiographies, j’ai donc peu de points de comparaison sur ce sujet. Mais j’ai été agréablement surprise par la lecture de La promesse de l’aube : même si cela m’a pris un bon moment, je l’ai lu sans m’ennuyer, et j’y ai même trouvé du suspense. C’est probablement grâce à la narration non chronologique, qui apporte un certain dynamisme.

Ce que je retiens, c’est le ton de Romain Gary. Certes, il écrit sa propre légende, il cite plein de célébrités, mais en même temps, c’est drôle, malicieux, et parfois très émouvant. Il a énormément d’auto-dérision; il donne de l’importance à de petits détails de l’enfance en nous expliquant les conséquences qu’ils ont eues. C’est l’adulte plus qu’accompli qui jette un regard très tendre sur sa jeunesse, avec une bonne dose d’introspection amusée.

Le narrateur explique qu’enfant, il raffolait des pastèques, mais qu’il lui était souvent interdit d’en manger en raison de risques de contamination lors des épidémies de choléra (parce qu’elles étaient lavées avec de l’eau sale peut-être ? il ne le dit pas). L’un de ses camarades avait lui le droit d’en manger, d’autant plus que ses parents en vendaient. Je trouve que l’extrait ci-dessous est assez représentatif du style de ce roman, et il vous permettra de savoir si sa lecture pourra vous plaire.

Je suis convaincu que les frustrations éprouvées dans l’enfance laissent une marque profonde et indélébile et ne peuvent plus jamais être compensées; à quarante-quatre ans, chaque fois que je plonge mes dents dans une pastèque, j’éprouve un sentiment de revanche et de triomphe extrêmement satisfaisant, et mes yeux semblent toujours chercher par-dessus la tranche ouverte et parfumée, le visage de mon petit camarade pour lui signifier que nous sommes enfin quittes, et que moi aussi, je suis parvenu à quelque chose dans la vie. J’ai beau, cependant, me gaver de mon fruit préféré, il serait vain de nier que je sentirai toujours la morsure du regret dans mon cœur […] et que la pastèque absolue continuera à me narguer jusqu’à la fin de mes jours[…].

chapitre xv

La mère est à la fois objet et sujet du roman, qui a été écrit pour elle, mais j’ai eu du mal à apprécier son personnage. Elle a de l’esprit, elle est hyper débrouillarde, son côté « noblesse Russe déchue » est très romanesque… mais elle est trop extrême dans sa relation à son fils, elle le place en si haute estime qu’elle est la risée de tous, elle est complètement extravagante… Et en même temps, elle croit tellement en son fils qu’il devient ce qu’elle a rêvé qu’il soit, et c’est assez fort. Cet amour trop fort qu’elle lui porte lui donne des attentes démesurées, qui selon lui le condamnent à être éternellement malheureux en amour. Et voilà venir l’un des passages phares du roman :

Avec l’amour maternel, la vie vous fait, à l’aube, une promesse qu’elle ne tient jamais. Chaque fois qu’une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur son cœur, ce ne sont plus que des condoléances. On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné. Jamais plus, jamais plus, jamais plus. Des bras adorables se referment autour de votre cou et des lèvres très douces vous parlent d’amour, mais vous êtes au courant. Vous êtes passé à la source très tôt et vous avez tout bu. Lorsque la soif vous reprend, vous avez beau vous jeter de tous côtés, il n’y a plus de puits, il n’y a que des mirages. Vous avez fait, dès la première lueur de l’aube, une étude très serrée de l’amour et vous avez sur vous de la documentation. Je ne dis pas qu’il faille empêcher les mères d’aimer leurs petits. Je dis simplement qu’il vaut mieux que les mères aient encore quelqu’un d’autre à aimer. Si ma mère avait eu un amant, je n’aurais pas passé ma vie à mourir de soif auprès de chaque fontaine. Malheureusement pour moi, je me connais en vrais diamants.

Romain gary

Le personnage de Romain a ses défauts, mais je l’ai trouvé très drôle… Voici l’un des passages qui m’ont fait rire toute seule : adulte, Romain décide de se mettre à la peinture. Après avoir réalisé plein de tableaux plus ou moins chaotiques, à grands coups de pinceaux, voire en déversant de la peinture partout, il se rend compte qu’il ne sera pas un grand peintre. Il garde une toile tout de même. Devenu diplomate, il accroche le tableau chez lui, et fait croire à un invité que c’est l’oeuvre d’un jeune artiste prometteur qu’il a découvert… Il espère rafler un compliment sur son tableau, sans se mouiller… Et son invité observe le tableau, et voilà qu’il lui dit, hilare : « Alors ça…. Pour une merde, c’est une merde ! » 😀 Ce passage m’avait convaincue de lire le roman en entier ^^

Sur un tout autre sujet, celui de la guerre, j’ai beaucoup aimé cette phrase assez caractéristique elle aussi du ton de l’auteur :

[…] tout en ayant mes bons moments, il m’a toujours été difficile d’accomplir cet effort prodigieux de bêtise dont il faut être capable pour croire sérieusement à la guerre et en accepter l’éventualité. Je sais être bête, à mes heures, mais sans m’élever jusqu’à ces glorieux sommets d’où la tuerie peut vous apparaître comme une solution acceptable. J’ai toujours considéré la mort comme un phénomène regrettable et l’infliger à quelqu’un est tout à fait contraire à ma nature : je suis obligé de me forcer.

chapitre XXVii

Du pain bénit pour prof de français ce passage 🙂

Pour qui ?

J’ai envie de conseiller ce roman à mes bons 3ème, d’autant plus que l’autobiographie est au programme cette année-là. L’une des mes élèves l’avait aimé l’an dernier. Comme je l’ai lu désormais, je pourrai mieux le vendre aux élèves 🙂 Même si le vocabulaire n’est pas très difficile, certaines phrases sont très longues, ajoutons à cela la narration non chronologique : pour les faibles lecteurs, c’est compliqué. A mon avis c’est donc un livre pour les plus grands, qui pourront apprécier sa finesse et son humour.

Dans mon article sur les Misérables, je disais que cela me faisait bizarre de donner mon avis sur un monument de la littérature. Mais après tout, lorsque je veux savoir si un livre peut me plaire, je préfère avoir l’avis de quelqu’un qui me ressemble, plutôt que celui d’un grand critique littéraire qui risque 1. de spoiler la fin et 2. de ne pas s’intéresser aux mêmes choses que moi. Alors, n’ayons par peur de donner notre avis sur ces classiques sacrés ! 😉 A bientôt pour de nouvelles critiques !

Marie

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