Au CDI, CDI délocalisé (confinement)

Ébauche de plan anti-démotivation de rentrée

Les collègues et copines présentes sur Twitter auront sûrement vu passer mes quelques messages concernant cette rentrée 2020… pas très optimistes.

Comme le jour J arrive, j’essaye de retrouver un peu de poil de la bête 🙂 et cet article va me permettre à la fois de m’obliger à réfléchir et chercher des solutions (par moi-même, à défaut que ça tombe d’en-haut). J’espère que cela pourra vous aider aussi à appréhender cette reprise angoissante 😦 surtout si comme moi le contexte a tendance à vous bloquer. L’échange est notre meilleur moteur 🙂 !!

Je ne mentionnerai même pas l’aspect concret masque-gel hydro… Chez les profs on a maintenant l’habitude (ça va faire drôle à d’autres en revanche…).

Manque de motivation ultime

En temps normal, je déborde un peu d’idées dès le 20 août (voire avant). Je commence des to-do list (pas forcément à cocher à 100% mais qui me servent de pense-bête) : je note toutes mes idées (comme dans cet article d’il y a un an). J’adore créer, c’est mon état d’esprit le plus naturel, c’est mon carburant, et je l’applique autant que possible à mon métier afin de m’y sentir encore mieux (disgression : c’est l’une des raisons pour lesquelles avoir un programme de cours obligatoire ne me conviendrait pas…). Pour me mettre dans cette ambiance, j’ai besoin de me projeter un minimum, de me visualiser dans le CDI et/ou avec telle classe, anticiper les besoins de tel·le collègue, etc… Mais c’est très difficile cette année car les conditions de rentrée restent trop floues pour moi. Le protocole sorti en juillet (drôlement longtemps avant la rentrée, quand on sait que la pandémie progresse vite) reste assez vague. J’espère obtenir plus de précisions de la part de ma direction concernant la rentrée dans mon établissement… Les détails locaux devraient m’aider à me décider sur des propositions concernant mon action et le CDI.

Retour à la situation de déconfinement ?

En mai-juin, je ne m’étais jamais sentie aussi proche des profs d’arts et d’EPS, coincé·es eux aussi pour faire cours de manière satisfaisante. Les cours, c’est un problème qui m’embête un peu, d’autant plus que je dois avoir les 6ème en AP à l’année (et mon chef décompte les heures en vertu du décret ORS, champaaagne 😀 ). Nous attendons de petits effectifs (10-11 par demi-classe) ce qui permettrait des cours bien actifs au CDI… Si toutefois le CDI est accessible ! En attendant de savoir, mes idées de cours restent en plan. Entre faire cours au CDI (sans vidéoproj a priori) et en classe avec aucun matos sauf un vidéoproj justement, ça n’aura rien à voir. Je n’aurai que 8 heures par classe environ donc je comptais imaginer des activités « flash » bien délimitées… C’est pas fait du tout. Je ne parle même pas des autres cours et projets.

Je suis encore plus embêtée par une éventuelle fermeture totale du CDI. J’ai pris mon parti du CDI déconfiné et du CDI virtuel pour les mois de mai et juin : je savais que les vacances arrivaient, ce n’était pas rigolo mais c’était une excellente solution de dépannage (et pour rattraper mon retard de gestion conséquent…). J’en étais ravie sur le moment. Mais je ne me vois pas fonctionner comme ça sur ne serait-ce qu’une demi-année scolaire… J’espérais (bêtement ?) que la rentrée serait un peu plus « normale », alors même que je me faisais zéro illusion sur la pandémie et son développement… C’est paradoxal, l’espoir !

Mon portail E-sidoc a bien été consulté (et mes articles aussi, merci <3), mais c’est quand même moins cool que d’être au CDI (et beaucoup de nos élèves n’ont pas de quoi se connecter correctement à la maison). Les ateliers en classe avec les élèves étaient sympathiques mais c’était plus du remplissage (et un moyen pour moi de ne pas me faire oublier) que de réels cours. L’EMI sans manipulations papier et informatique, c’est quand même limité (surtout que les élèves sont bien moins réactifs en salle de classe qu’au CDI ! Un truc de fou !). Comme l’ont dit plein de collègues par rapport à l’enseignement à distance : « Ce n’est pas ça, mon métier« . Ou pas vraiment ça. Ou pas que ça. Sur Twitter, je parlais d’ersatz. Encore le vocabulaire de la guerre, je ne suis pas très inventive là-dessus.

Le CDI sans élèves me paraît triste et mon travail un peu vain (pas tout à fait inutile, mais comme en suspens). Je ne suis pas sûre d’avoir les outils informatiques pour assurer réservations (et donc prêts) sans entrée d’élèves au CDI : notre département est en train de changer d’ENT… L’interconnexion E-sidoc n’est pas faite et même si elle l’était, a priori là on repart de zéro.

Et puis je sais bien que même si ce n’est pas la facette la plus glorieuse du métier (quoique), c’est celle qui m’occupe le plus et que je pense réussir le mieux : faire un beau CDI, agréable et fonctionnel, y faire venir les élèves, leur conseiller des bouquins individuellement, discuter avec eux, ouvrir les cartons de nouveautés avec eux, qu’ils m’aident ❤ etc… Avoir ce petit univers un tant soit peu harmonieux et vivant, comme un organisme. Je n’aime pas être réduite à notre rôle d’accueil (comme tou·te·s les profs docs je pense), surtout que c’est souvent source de confusion pour les collègues divers et familles, voire de conflits avec la vie scolaire entre autres, mais c’est un bout du métier sans lequel je perds un peu le nord… C’est comme ça.

Ouvrir le CDI ?

Je me doute bien que le retour des élèves assistants de CDI au bureau pour faire les prêts, ou les ateliers origami improvisés à 4 par table, ça n’est pas pour tout de suite… :’-( Mais depuis quelque temps, je me dis que malgré les mesures-barrière péniblement indispensables, il faut peut-être que j’envisage de ré-ouvrir le CDI aux élèves. Au moins une partie du temps. Au moins à quelques-uns (un nombre à évaluer selon les conditions du protocole du collège et mes possibilités). J’ai un CDI avec étage et cloisons tout mal fichu donc ce n’est pas simple à envisager. C’était même l’une des raisons pour ne pas l’ouvrir en mai (ça et les contacts avec les bouquins, les PC… choses qui ne changent pas non plus).

Intermède utopie : peut-être que la situation sanitaire va biiiien montrer que ces établissements-délires architecturaux ne sont vraiment pas pratiques au quotidien ? Et ça fera comprendre aux architectes et aux conseils départementaux qu’ils ont fait n’importe quoi ? OK, je me mets le doigt dans l’œil, utopie out.

En tout cas, j’aimerais y réfléchir à cette ré-ouverture partielle. Même si c’est modeste. Engager la discussion avec la direction sans trop m’avancer non plus (d’ailleurs, avant toute chose je vais bien réfléchir dans mon coin, et avec vous je l’espère, et tâter le terrain sur les conditions de rentrée dans MON collège). Je me disais que mon emploi du temps (qui sera sur 28h, avec 2h de cours fixes à l’année) pourrait être divisé entre heures en classe, CDI ouvert pour petit effectif de l’étude, et un peu de gestion (si possible aux heures d’étude creuses, tant qu’à faire).

Voici donc un fonctionnement certes un peu rigide, mais qui permettrait d’accueillir un peu d’élèves au CDI, en maintenant cet aspect pour moi essentiel du choix des élèves de venir ou non au CDI (c’est quand même plus dans l’esprit qui m’anime que l’atelier-remplissage en classe entière…).

Il y a plusieurs conditions/questions pour que ça puisse se faire, et c’est pas gagné (d’où le fait que je compte réfléchir, observer, discuter et re-réfléchir avant toute chose). Il faudrait que les classes puissent toutes venir au CDI (pas en même temps, mais que le brassage soit autorisé). Que la désinfection des sièges (chaises bois) soit faisable en fin d’heure par les élèves (pas rigolo mais gérable en prenant le temps). Et que le CDI reste un peu sous ses bâches anti-poussière de l’été pour limiter les risques de tripatouillage de livres non autorisés (pas joli mais je me vois bien décorer les bâches avec plein de trucs). Ma dernière (et plus grosse) question est : combien d’élèves auront étude et dans quelles conditions ? C’est à mon avis ce qui risque de coincer (si on est sur des emplois du temps ordinaires…). S’il y a beaucoup d’élèves en étude, mon idée va sembler un peu minuscule. À voir.

Look bâche à poussière, collection CDI automne 2020, moche mais Covid-compatible, les livres sont camouflés…

Aux heures d’étude : un CDI 100% lecture

Axer les heures d’étude au CDI sur la lecture uniquement, c’est tout bête, mais si on en revient à cet essentiel du lieu, je pense qu’on peut envisager l’accueil des élèves de l’étude en sécurité et sans trop se casser la tête. Je prends mettons 10 élèves (au lieu de 20). Désinfection des mains (et autres gestes barrière de base, vous l’aurez deviné). Pour chaque créneau, je prépare un choix de livres limité mais varié, que je présente aux élèves en début d’heure. Je peux (après un certain temps) prévoir des thématiques en fonction des classes qui ont étude. On pourrait imaginer une inscription à l’avance mais je ne suis pas trop pour. Chacun·e choisit un livre (ou deux si livres courts), s’assoit seul·e et le lit pendant l’heure. En fin d’heure, emprunt ou caisse quarantaine (j’utilise pour cela le rez-de-chaussée ou une autre zone interdite d’accès). On prend un peu plus de temps que d’habitude en fin d’heure pour les prêts et les désinfections d’usage. Je pense que ça me demanderait environ 20 minutes par heure, s’ils se tiennent bien, ce qui est toujours moins de temps de « discipline » qu’une heure à 20 élèves qui veulent des ordis, puis non, s’ennuient voire cassent les pieds parfois. Si j’ai le temps, on peut faire un peu de lecture à voix haute 🙂 Les loulous pourraient aussi réfléchir à leur cahier culturel en français qui a pour but d’écrire des créations en tout genre autour de leurs lectures… Une habitude déjà prise mais qu’on peut ancrer davantage.

Pour l’instant je n’en ai discuté rapidement qu’avec deux copines (collègues de lettres qui bossent énormément avec moi) et il se trouve que l’une d’elle est maman d’élève en 4ème. Sa fille (super assistante de CDI ^^) est assez discrète sur les discussions boulot de sa maman (bien obligée) et j’ai évoqué le sujet avec elle, pour voir un peu son ressenti d’élève. Elle trouvait ça bien (mais elle est super-mimi ❤ ).

Cette organisation peut me permettre de renouer ce lien autour de la lecture et du conseil, qui me manque vraiment (et que j’avais essayé de faire revivre via Pronote mais c’est moins fun). De faire lire davantage au CDI (plutôt que discuter/traîner). C’est pas très marrant pour eux (comparé à d’habitude) mais ça permet de faire lire (voire emprunter) et de donner l’accès au CDI tant désiré… C’est mieux de faire entrer dix élèves que zéro non ? En étant bien stricte sur les règles de vie (et là il faudra être bien d’accord avec la vie sco et les chefs sur les conséquences si non-respect des règles). Certain·es diront peut-être : « Et l’accès à Internet ? ». Je ne suis pas contre le proposer uniquement à des élèves ayant zéro moyen de connexion à la maison mais seulement pour consulter pronote ou faire une recherche rapide par exemple. Mais très ponctuellement. J’ose espérer que mes collègues ne donneront pas d’exposés vu les circonstances. La préparation d’exposés avec outils papier risque de ne pas être possible non plus de toute manière… Et ce serait peut-être l’occasion de faire détox des écrans au CDI (sauf pour moi et BCDI 😀 ) ? J’enlève quelque chose (les ordinateurs) mais en échange je propose autre chose (essayer de mieux m’occuper d’eux en leur lisant une histoire de temps en temps). Cela dit, j’aimerais bien utiliser les PC élève un peu au moins pour mes cours perso. Mais quand, comment (filmer/désinfecter)… je ne compterai pas trop dessus malheureusement 😦

Je compterais bosser l’aspect EMI par petites touches dans le CDI (comme je le fais déjà) et surtout via les quelques cours et projets qui pourront se créer ou se maintenir… D’autres collègues profs docs peuvent justement profiter de la situation pour faire un super cursus de cours EMI en salle de classe, en prenant les classes sur les heures d’étude (je suis sûre que ça arrangerait pas mal de chefs et de CPE). Comme je le disais plus haut, l’EMI sans numérique ni documents papier, c’est limité pour moi. Je mets davantage les élèves en réussite avec des pédagogies actives. J’arrive à quasi tous les impliquer quand je suis en forme ! En faisant cours à l’ancienne, j’en perds trop, tout en devant me faire des nœuds au cerveau pour trouver des activités qui passent bien et covid-compatibles… Avec l’année épuisante qui s’annonce, après un été où je n’ai pas vraiment rechargé les batteries, je pense que ce serait déraisonnable pour ma santé de me lancer dans pareille entreprise. Je sais que j’aime les cours mais qu’au-delà de 10 heures par semaine, je n’ai plus de vie 😦 Je vais remettre mes ambitions de cursus EMI à plus tard et me foutre un peu la paix avec ça… J’ai d’autres problèmes à traiter que d’équilibrer parfaitement mes missions en ce moment. C’est déjà si difficile en temps normal… Ma priorité : passer une année aussi peu triste que possible ! L’an dernier, je trouvais qu’au fond ma politique pour le CDI se résumait par l’expression « prendre soin ». On va rester là-dessus. Prendre du recul sur ses conditions de travail et ce qu’on peut en faire !

Protocole CDI ?

Un sujet me taraude : celui de mes responsabilités, des risques… Hors de question d’en prendre plus qu’en classe ordinaire. Je relativise un peu : j’ai sûrement moins de souci à me faire avec 10 élèves éparpillé·es dans un grand espace que mes collègues d’EPS en classe entière. Mais si accueil des élèves il doit y avoir, cela doit être formalisé je suppose !

Je me demandais s’il valait mieux attendre un protocole du collège, puis proposer quelque chose pour le CDI à ajouter au protocole (sauf que ce protocole doit être validé en instances et qu’il ne s’en tient pas tout le temps). Ou alors réfléchir plus tôt et faire ajouter ça dans le protocole de rentrée ? Mais alors il faut que je me dépêche et que je voie ça avec le chef… Il faut pouvoir trouver les termes les plus précis possibles pour éviter de mauvaises interprétations de ce texte, passer en revue tous les points essentiels de l’accueil au CDI (j’ai commencé une liste), en résumé, éviter une sorte de « vide juridique du CDI »… Je pense pouvoir me faire aider de notre gestionnaire pour ça, si besoin. La situation fait que je n’ai pas peur d’aller les voir en demandant de l’aide à la réflexion.

Je me dis aussi que le CDI n’a pas besoin d’être ouvert tout de suite (même si je parle bien d’ouverture partielle), ça peut attendre la mi-septembre, le temps de m’organiser. Je voudrais trouver un équilibre cours/heures CDI-étude/gestion (dont le CDI virtuel qu’il faudra maintenir un peu). Or les heures de CDI-étude vont demander un peu plus de préparation/rangement, alors que d’habitude ce sont les élèves qui m’aident à faire mon taf ! Et puis si ça se trouve, je suis en train de me poser mille questions et on va se prendre un cluster dès le 8 septembre…

Comme vous le voyez, les idées viennent, l’organisation se met en place dans ma tête mais ça reste compliqué. J’ai malgré tout été contente de prendre un peu de temps sur mes vacances pour faire avancer ma réflexion. Surtout parce que je me sens mieux après qu’avant : je suis passée du déni de la rentrée à l’acceptation 😀 Ça m’a dérouillé un peu le cerveau, et rien que pour ça, tant pis si ce billet n’est qu’un beau vœu un peu trop détaillé. J’ai bien conscience que ça ne conviendrait pas à tout le monde 😉 ou que ce n’est pas envisageable partout (je ne sais pas encore si ça l’est dans mon collège). Je crois que ça me conviendrait, que je serais mieux dans mon boulot avec ce fonctionnement qu’avec celui de mai-juin.

Je reviendrai avec davantage de détails si j’en ai le temps. Entre deux cousettes, je prévois de mettre le nez dans mon fourbi du boulot la semaine prochaine et j’ai commencé des listes pour m’aider :

  • les choses faites pendant le (dé)confinement et à réactiver, qui seront des appuis
  • les points à voir dans un éventuel protocole d’accueil au CDI
  • les autres questions que je me pose : sur mes clubs, ma future mission de référente développement durable (si tout va bien)…

En attendant, je suis preneuse de vos réflexions, maintenant, dans une semaine, dans deux semaines… Est-ce que mon idée est totalement stupide ? Est-ce que vous non plus ne pouvez pas vous résigner à un CDI vide ? Discutons de tout ça ici ou sur Twitter ! 🙂 Bon courage de pré-rentrée et surtout bonne fin de vacances à tou·tes les collègues…

Marie

3 réflexions au sujet de “Ébauche de plan anti-démotivation de rentrée”

  1. J’ai moi aussi du mal à m’y mettre, ne sachant pas comment ça va se passer la semaine prochaine… Pas eu d’infos sur les salles spécifiques dans mon collège…

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    1. Apparemment on aurait un nouveau protocole demain. Mais ça ne va pas m’empêcher de continuer à réfléchir de mon côté car je doute qu’il sera très précis et que cela changera grand chose ! Je pense que j’appellerai mon chef vendredi pour en discuter. On ne peut avancer qu’à petits pas en ce moment, j’essaye de l’accepter ^^

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